Femmes et numérique : un long chemin vers la mixité

 

Être belle et ingénieure, c’est possible ? Pour de nombreux internautes, la réponse est toute tranchée : non. C’est sans compter sur l’intervention d’Isis Wenger Achalee qui, en initiant le hashtag #ILookLikeAnEngineer, entend bien démontrer le contraire.

#ILookLikeAnEngineer : un hashtag à l’assaut du sexisme

Le physique de cette jeune ingénieure plateforme chez OneLogin, une start-up californienne, n’a rien de disgracieux. Loin de là. Les usagers des transports en commun de San Francisco ont pu le constater sur les affiches de la campagne de recrutement lancée par la société qui emploie la jeune femme et pour lesquelles celle-ci a accepté de poser. Isis y apparaît au naturel, sobrement vêtue d’un t-shirt noir, à côté d’une citation tirée de ses propos « Mon équipe est géniale. Tout le monde est intelligent, créatif et très drôle ». Rien d’exceptionnel. En placardant ces publicités dans le métro, OneLogin entendait simplement encourager de nouveaux talents à rejoindre son équipe. Elle n’avait pas anticipé le déferlement de propos misogynes qui en découlerait. Largement reprise et partagée sur les réseaux sociaux, l’affiche d’Isis a en effet donné lieu à de nombreux commentaires désobligeants la jugeant trop belle pour être réellement ingénieure : « Je suis curieux de savoir si (...) les femmes en particulier croient vraiment que c’est à ça que ressemble une développeuse ». Indignée, la jeune femme qui se décrit pourtant comme une « grande introvertie »  a saisi l’occasion pour jeter un pavé dans la mare sexiste du secteur IT. Elle a ainsi lancé le hashtag désormais viral #ILookLikeAnEngineer en encourageant les femmes ingénieures à le partager, accompagné d’une photo d’elles. Ses objectifs : promouvoir la diversité dans l’industrie technologique et combattre les préjugés qui la gangrènent. Et ça marche ! En dix jours, le hashtag a déjà été repris plus de 102 000 fois sur Twitter. Un site internet est également en préparation pour recueillir les témoignages d’ingénieur(e)s ayant été victimes de clichés discriminatoires et une page de financement participatif - qui a atteint les 15 300 $ en 6 jours - a été ouverte afin d’installer un panneau publicitaire à San Francisco. Quelques pas de plus vers l'éradication d’un machisme encore très ancré dans le milieu.

 

Le numérique, un milieu à dominante masculine

Ce combat, d’autres femmes l’ont mené avant Isis. C’est notamment le cas de Tracy Chou. À 26 ans, cette brillante ingénieure chez Pinterest a été confrontée à de multiples reprises aux stéréotypes genrés qui règnent sur les hautes technologies : « Quand j’expliquais où je travaillais, les hommes que je rencontrais disaient : “ Tu fais quoi - les photocopies, ce genre de trucs ? ” Ils supposaient toujours que je ne faisais rien de technique ». En 2013, face au manque de transparence des entreprises high-tech quant à leurs effectifs féminins, elle a lancé une enquête statistique collaborative pour mettre enfin des chiffres sur la sous-représentation des femmes dans l’écosystème de la Silicon Valley. Consultable en ligne, celle-ci révèle une réalité alarmante : seuls 19,12 % des employés sont des femmes. Un déficit de mixité criant qui va de pair avec une culture régulièrement dénoncée comme phallocrate, y compris par Ellen Pao, ex PDG de Reddit. En 2012, elle avait attaqué en justice son ancien employeur, la firme de capital-risque implantée à San Francisco Kleiner Perkins Caufield & Byers (KCPB), l’accusant de discrimination et de harcèlement sexuel. Ce procès, qu’elle a par ailleurs perdu le 28 mars dernier, a fortement contribué à mettre en lumière le sexisme qui empoisonne la Silicon Valley. Mais ce phénomène ne s’arrête hélas pas aux frontières américaines : dans l’Hexagone,  le numérique n’emploie que 27 % de femmes, qui représentent 48 % de la population active. Pourtant, la mixité est reconnue comme un véritable facteur de croissance : selon l’Union Européenne, le PIB européen connaîtrait une augmentation de 9 milliards d’euros chaque année si le secteur employait 50 % de femmes.

Des initiatives pour promouvoir la mixité

Pour changer la donne et insuffler un changement des mentalités plus que nécessaire, des associations ont vu le jour aux quatre coins du globe. En France, on peut citer à titre d’exemple :

  • Girls in Tech Paris, la branche française de l’association internationale à but non lucratif fondée par Adriana Gascoigne. Également présente en Chine, en Grèce, au Brésil ou encore en Inde, elle vise à donner plus de visibilité aux femmes dans l’entreprenariat et les nouvelles technologies. Chaque année, elle organise la Lady Pitch Night, une compétition européenne destinée aux start-ups fondées par des femmes et dont la cinquième édition aura lieu le 7 octobre prochain.
  • Girlz in Web, une association française créée en 2009 qui met en valeur les femmes dans le secteur IT en organisant des événements mensuels - Masterclasses, tables rondes, apéros networking…
  • Duchess France, une association fondée en 2010 qui promeut les femmes avec des profils techniques, plus particulièrement les développeuses. Elle organise régulièrement des ateliers.
  • La journée de la femme digitale, une conférence annuelle qui met à l’honneur les femmes qui font vivre le monde du numérique.  

Aussi variées soient-elles, ces initiatives partagent une volonté commune : mettre un terme aux disparités de genre dans le milieu technologique en accordant aux femmes la place qui leur y est due.

Les femmes, pionnières de l’informatique

Car cette place, elles ne l’ont pas volée. Rappelons-le : ce sont elles les pionnières de l’informatique ! Au XIXème siècle, Ada Lovelace, fille du poète romantique britannique Lord Byron, a ainsi réalisé le premier programme informatique en travaillant sur la machine analytique de Charles Babbage. En 1946, six femmes - Fran Bilas, Betty Jennings, Ruth Lichterman, Kay McNulty, Betty Snyder et Marlyn Wescoff - ont programmé le système de l’ENIAC, considéré comme le premier ordinateur entièrement électronique. Quelques années plus tard, l’américaine Grace Murray Hopper a quant à elle écrit le premier compilateur et inventé l’un des langages de programmation les plus utilisés, COBOL (Common Business-Oriented Language). Aujourd’hui encore, des personnalités comme Sheryl Sandberg, COO de Facebook, classée huitième sur la liste des femmes les plus puissantes au monde par le magasine Forbes, ou encore Marissa Mayer, patronne de Yahoo, continuent de montrer que le secteur du numérique n’est pas qu’une affaire d’hommes et que les facultés intellectuelles ne dépendent pas du chromosome Y. Un petit rappel dont certains avaient grand besoin !

Chez Les-Tilleuls.coop, la mixité, la diversité et le respect de l’autre sont des valeurs essentielles. Nous mettons un point d’honneur à ce que les salaires des femmes et des hommes soient égaux et nous refusons de travailler sur des projets à caractère sexiste. Notre équipe est à ce jour composée de 30 % de femmes, un chiffre que nous espérons faire évoluer très prochainement !