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Repenser nos pratiques pour un numérique durable : notre retour sur ParisWeb 2026 (partie 2)

Publié le 12 octobre 2026

Après notre premier récit, découvrez notre retour sur la deuxième journée de ParisWeb 2026.

ParisWeb jour 2

Le juste prix, ou ce que l’accessibilité coûte pour de vrai

Lison Fanuel et Frédéric Halna ont discuté avec nous des informations qu’ils ont recueillies pendant la préparation de leur présentation. Un premier point notable : on a beaucoup de mal à avoir des informations, elles peuvent ne pas être partagées pour différentes raisons : 

  • parce que vraiment, ne sait pas.
  • parce qu’on a du mal à assumer ces dépenses.
  • …

On remarque aussi qu’il est encore plus compliqué de mesurer le coût de l’accessibilité sur un nouveau projet (autrement dit quand on n’est pas dans une phase d’audit/remédiation de l’existant). On constate cependant que les agences qui intègrent l’accessibilité sont moins concurrentielles. On voit aussi des appels d’offres gagnés par des propositions moins chères, mais avec une accessibilité nulle.

On estime que le coût de réparation d’un projet est de 150 000€ pour passer de 58% à 82% d’accessibilité. La question reste de savoir « combien pour les 18% restants » (en considérant que en général les non-conformités restantes sont les plus compliquées à régler, donc probablement aussi les plus chères)

Quelles solutions pour réduire les coûts ?

Les fausses bonnes idées :  

  • Opter pour un site « garanti à 70% de conformité » (le 1er audit est bien souvent très en dessous).
  • Acheter un site web « audit compris » (les agences qui s’auto-auditent ont tendance à se sur-noter).
  • Se contenter d’une surcouche.
  • Confier l’accessibilité à l’IA seule.

Les vraies bonnes idées : 

  • Commencer par investir dans la formation des équipes, la correction des anomalies, la définition d’une stratégie à long terme, la réalisation de tests avec des personnes concernées avant de dépenser pour auditer, publier sa déclaration et publier son schéma pluriannuel

Leur conclusion : «  Pas de juste prix de la conformité, mais un coût non négociable ».

Ce que nous avons perdu avec les design systems

Nolwenn Maudet est chercheuse en design numérique, qui représente un champ beaucoup plus large que le simple design UX.  Elle nous a rappelé que les interfaces sont le résultat d’idéologies : il n’y en a pas d’intrinsèquement bonne. Il s’agit plutôt d’un rapport de force entre 2 points de vue contradictoires : jusqu’à 2015-2016, la collaboration designer/développeur·euse  est un peu bordélique (pas de figma, des process hallucinants à grand renfort de screenshot annotés à la main). En cela, les design systems ont beaucoup amélioré la situation.

Pour comprendre pourquoi nos interfaces ressemblent à ce qu’elles sont aujourd’hui, elle nous entraîne dans une histoire visuelle du Web.

Aux débuts du Web (jusqu’à à peu près 1995), les sites apparaissent selon les réglages des navigateurs. Autrement dit : les utilisateurs avaient le contrôle sur ce à quoi ressemblait le site. En 1996, la sortie de Flash révolutionne tout ça. Faire un site avec Flash est plus facile que de faire un site avec HTML/CSS, quoi qu’il arrive le site sera vu de la même façon par tout le monde. C’est la grande époque pour les designers, qui peuvent donc faire un site exactement comme iels le veulent (ça rappelle quelques souvenirs à au moins une de nous).  Puis on commence à assister à une uniformisation du Web. En 2007, la sortie de l’iPhone signe la fin de Flash. À cela s’ajoute : 

  • l’explosion de la bulle Internet : moins de budget donc besoin de justifier auprès du commanditaire en quoi le site lui est bénéfique
  • la notion de user-friendliness et d’UX
  • et surtout, la séparation plus stricte entre design et développement avec les montées en puissance de HTML, CSS, JS etc…

Mais cette séparation mène à systématiser les choses (par exemple, la mise en place d’une grille pour la maquette). La standardisation s’est progressivement imposée, avec un abandon de la page au profit du composant. Ce changement a transformé les pratiques, mais aussi les interfaces. On assiste à un glissement de « l’intégrité esthétique » (la primauté des designers) vers la charte graphique.

Nolwenn nous dit que, au fond, un design system n’est rien d’autre que l’équivalent des chartes graphiques du monde imprimé, transposé au web.

Développeur·euse ou chercheur·euse ? Pourquoi votre prochain bug nécessite une blouse blanche.

Pendant cette conférence en mode quizz interactif, Boris Bouju a enfilé sa plus belle blouse blanche afin de nous expliquer comment fonctionne la méthode scientifique, et comment cette méthode s’applique à notre résolution de bugs.

Un petit rappel d’abord sur les différentes étapes de la méthode scientifique : 

  • l’observation
  • la formulation d’une hypothèse
  • l’expérimentation
  • réfutation (ou non) de l’hypothèse. Si l’hypothèse est réfutée, on retourne à l’étape 1. Autrement, on a un résultat.

En cas de bug, on commence donc par observer avant de sauter sur son clavier. Les logs et le monitoring contiennent souvent la réponse. La règle d’or selon Boris : « Si on ne peut pas observer ou reproduire, c’est une rumeur, pas un bug. »

Après quelques démonstrations ludiques de nos propres biais, Boris nous donne des clés pour adapter cette méthode « old school » à l’ère de l’IA Son 1er conseil : adopter le réflexe « comment prouver que la réponse de l’IA est fausse ? », mais aussi « faire relire le code pour réfutation » (autrement dit demander à notre LLM préféré de prouver que notre code n’est pas bon), et enfin, demander des critiques agressives (chacun ses kinks 🤷).

Comment l’IA m’a permis de dépasser mon handicap ?

Dans cette conférence très instructive, Sophie Douvroy, sourde de naissance et double implantée cochléaire, nous a partagé son expérience.

Elle a commencé par nous expliquer comment le son arrive au cerveau avec un implant cochléaire, et nous montre ce qu’elle entend versus ce que la salle entend : si on imagine les sons comme une ligne de petits cubes, la ligne qui représente ce qui est entendu par la salle est pleine, alors que la ligne qui représente ce que Sophie entend comporte des trous. 

Il ne s’agit pas d’un problème de volume sonore, mais d’un problème de tri : l’implant ne fait pas la distinction entre un son qui vient de devant, de derrière ou du côté, il le transmet, c’est tout. Sophie doit donc faire un exercice constant de suppléance mentale pour « combler les trous ».

Ce que l’IA apporte à Sophie : 

  • Du sens : le sous-titrage en direct sur son téléphone est un accès à l’information et lui évite d’avoir à faire de la suppléance mentale. 
  • Le dictaphone numérique lui permet de prendre des notes à sa place, afin qu’elle n’aie pas à faire 2 tâches en même temps. 
  • De façon plus anecdotique, l’IA lui sert de filtre social en l’aidant à formuler des réponses politiquement correctes
  • Montage vidéo à partir du sous-titrage : ici le sous-titrage devient son outil de travail. Elle indique à l’IA quels rush utiliser, à quel niveau les couper, et comment les assembler, en se basant sur la transcription télévisuelle.

Sophie a conclu sa présentation en exprimant que l’IA déplace l’effort, mais elle ne l’annule pas. Pour elle, l’IA permet de pallier un manque d’accessibilité.

La rotation des cultures numériques : comment renouveler votre potager pour éviter l’appauvrissement de l’accessibilité

Lena Chandelier a expliqué comment déployer une stratégie d’accessibilité numérique pérenne via la métaphore du potager. Née d’une initiative personnelle avant de devenir un rôle dédié de référente, sa démarche vise à autonomiser les équipes et diffuser une culture inclusive.

Étape 1 : Planter des graines 🌱 (Sensibiliser)

Obtenir l’appui de la direction est indispensable. La sensibilisation s’appuie sur des ateliers pratiques, des escape games, des témoignages d’utilisateurs impactés et le relais d’alliés motivés au sein des équipes.

Étape 2 : Arroser régulièrement 💦 (Communiquer)

Partager les avancées (newsletters, réunions), fournir des outils co-créés et rendre le rôle de référent bien visible afin de faciliter la sollicitation par les collaborateurs.

Étape 3 : Observer les récoltes 🌾 (Monitorer)

Mesurer les progrès (nombre de personnes formées, tickets résolus) et anticiper les plannings des équipes pour aligner les formations et audits avec leurs contraintes opérationnelles.

Étape 4 : Prendre soin de la personne qui jardine 🧖🏼 (Se préserver)

Assumer ce rôle en plus de ses tâches exige de se protéger du surmenage : savoir lâcher prise, s’entourer d’experts, se former en gestion de projet et célébrer chaque petite victoire.

En conclusion, la « rotation des cultures » rappelle que la transformation ne peut reposer sur une seule personne : la responsabilité doit être partagée pour s’inscrire dans la durée.


Ces deux jours de conférences dans le cadre magnifique de l’institut Pasteur nous ont semblé comme une parenthèse de douceur dans un quotidien agité, deux jours dans un environnement safe et inclusif dans lequel l’humain est au cœur des préoccupations. Merci et bravo à l’équipe de ParisWeb et à tous les intervenant·e·s ! C’était trop court, vivement l’année prochaine !