Comment s'organise la démocratie au sein d'une scop ?

Démocratie : n.f., régime politique dans lequel le peuple a le pouvoir… du moins en théorie.

De nos jours, le système démocratique est très critiqué, de part l’utilisation qu’en ont faite les sociétés actuelles, pourtant il est un des piliers des sociétés coopératives et participatives où cette définition ne peut être galvaudée.
Des décisions collectives prises par l’ensemble des coopérateurs, chez Les-Tilleuls.coop il s’agit de 100% des salariés, quelle idée ? Cette vérité fait l’objet de beaucoup de fantasmes et d’a priori lorsqu’on me parle de la Scop : “Vous votez pour tout… même la couleur du papier toilette ?”, “Les gens arrivent à se mettre d’accord ?”, “Ça donne forcément lieu à des discussions interminables”, “Vous avez des outils ou le bourrage d’urne est autorisé ?”. Il est maintenant temps de lever le voile sur une part importante/vitale de l'entrepreneuriat en Scop : le vote.

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Prenons les questions dans l’ordre.

Quels sujets font l’objet de vote ? Non, nous ne votons pas la couleur du papier toilette mais pourquoi pas après tout ? Dans quelques mois, nous acquerrons tout un étage à Euratech et nous aurons cette fois le choix des aménagements et des commodités. Blanc, noir, rose, sciure, … nous ferons ce qui nous plaît mais je doute que ce sujet fasse partie de l’ordre du jour d’une prochaine assemblée générale. Mais dans ce cas, que votons-nous ? Tout ! Du moins toutes les décisions importantes qui concernent le collectif. Il peut s’agir de stratégie, d’investissements, de clients potentiels, de positionnement sur le marché, de décisions managériales, d’embauche, de licenciement, d’augmentation, toutes les choses dont on entend peu parler et sur lesquelles on peut rarement influer dans une société classique.

Qui vote ? Dans les textes, seuls les coopérateurs ont le droit de voter, mais dans les faits, chez les Tilleuls, tout employé ayant terminé sa période d’essai peut prendre part aux décisions en dehors de l’assemblée générale ordinaire qui se doit de rester formelle. Pourquoi me direz-vous ? C’est simple : nous estimons qu’il est relativement injuste qu’une personne attende presque un an pour prendre part aux décisions qui la concernent tous les jours. Chaque personne a le droit à une voix, quelle que soit son ancienneté ou sa part investie dans le capital de la société, le gérant a un droit de véto (de souvenir il n’a jamais été appliqué chez nous) mais les collaborateurs ont le droit de révoquer le gérant. Ces pouvoirs et contre-pouvoirs font de l’appareil décisionnel des Scop un système équitable et terriblement efficace. Équitable, efficace mais parfois difficile puisque pour avoir des décisions justes pour l’ensemble des salariés, il faut parfois apprendre à mettre l’affectif de côté. Les choix qui incombent au pouvoir décisionnel dans les sociétés classiques sont ici partagés par beaucoup plus de monde et il convient à chacun d’endosser le rôle de patron, quelle que soit sa personnalité, pour faire avancer le collectif dans la bonne direction… Ce n’est pas toujours évident.

Comment s’organisent les débats avant un vote ? Il s’agit d’un sujet sur lequel nous échangeons beaucoup ces derniers temps. En quelques années, notre effectif a été multiplié par 15 et les petites discussions de coin de table doivent être aujourd’hui plus organisées. Imaginez une réunion à 40 personnes, 40 personnalités différentes, des grandes gueules, des timides, de grands orateurs, des personnes plus effacées. Chacun devrait avoir le droit de s’exprimer, de débattre sans que la parole ne soit monopolisée et que les discussions restent en bonne intelligence. Aujourd’hui, nous nous inspirons de ce qui se fait dans les syndicats auto-gestionnaires (tour de table, temps de parole, animateur de débat, double liste …) ou dans des Scop plus grandes que la nôtre, nous apportons nos propres idées et petit à petit, nous aboutissons à des solutions qui nous correspondent.

Avez-vous des outils pour gérer les votes ? Voilà une question qui alimente beaucoup de débats à la Scop. Longtemps nous avons fonctionné par vote à main levée, mais aujourd’hui, avec les effectifs croissants et les antennes qui se multiplient, cette solution n’est plus viable. Nous testons actuellement Loomio, une plateforme numérique de prise de décision collective qui s’avère plutôt convaincante. Elle dispose de nombreux types de formulaire qui répondent à nos besoins : le “classement par préférence” est idéal pour discuter une proposition salariale, la “proposition” pour un vote basique par exemple. Les votes en AG se font toujours à main levé mais quand nous aurons calibré correctement notre usage de Loomio, peut-être que tout passera par là. À ce jour, nous réfléchissons au sujet brûlant du vote anonyme. Loin de moi l’idée de lancer le débat sur l’utilité ou non de votes à bulletin secret (tentez de l’évoquer avec des Tilleuls lorsque vous en croisez et vous verrez à quel point cette discussion déclenche les passions), mais si nous en venons un jour à cette règle, elle est aussi paramétrable dans Loomio. D’autres expérimentations nous attendent et pourquoi ne pas chercher du côté de cette vidéo très inspirante :

Le vote est au coeur du système des Scop et plus la société est grande, plus il convient de l’organiser. Notre statut permet de faire évoluer facilement nos pratiques, de tester des solutions, d’itérer et de finalement s’arrêter sur des processus qui nous conviennent à tous. Puisque nous avons assez peu de pouvoir pour rendre la démocratie plus équitable à l’échelon national, nous cherchons à obtenir ce résultat à une échelle plus locale : notre société. Si ce genre d’expérience vous intéresse, n’hésitez pas à rejoindre Les-Tilleuls.coop ou une autre scop, je vous garantis que vous en sortirez grandi.